Dans le cadre de la 10ème journée du Tournoi d'ouverture, le Club Atlético Independiente reçoit le Racing Club pour la 176ème édition du derby d'Avellaneda. Ce duel présente une histoire tellement riche qu'au-delà des statistiques, il pourrait presque être considéré comme le premier superclásico du foot professionnel argentin.

Les origines
Le Racing Club apparaît à l'initiative d'un groupe d'ouvriers vivant à Barracas Sud, zone aujourd'hui connue sous le nom d'Avellaneda, qui décide de fusionner les deux clubs du coin, le Foot Ball Club Barracas et Colorados Unidos. L'alliance est officialisée le 25 mars 1903 et son nom est inspiré d'une revue automobile !

Le Club Atlético Independiente voit le jour en 1904. Une poignée d'employés d'un grand magasin anglais situé en plein centre de Buenos Aires, frustrés de ne pas pouvoir jouer dans l'équipe de l'entreprise, déclarent leur "indépendance". Paradoxalement, l'entité est officiellement fondée deux ans jour pour jour après le Racing, soit le 25 mars 1905.

La rivalité prend forme en 1907, lorsque l'Independiente s'installe sur un terrain de Barracas Sud. Le 9 juin, pour le compte du tournoi de troisième division de la fédération l'Asociación Argentina, le nouveau-venu bat le Racing 3:2 grâce à un but de Rosendo Degiorgi, l'un des fondateurs du club, dans les derniers instants de la partie.

Quelques chiffres
Le bilan historique du derby est largement à l'avantage de l'Independiente qui, sur 175 matches officiels, a enregistré 67 victoires (279 buts marqués) contre 46 pour le Racing (234). D'ailleurs, les trois meilleurs buteurs de l'histoire du clásico appartiennent à l’Independiente. Il s'agit du Paraguayen Arsenio Erico (19 buts), de Vicente de la Mata (10) et de l'inoubliable Ricardo Bochini (9). Du côté du Racing, l'artilleur le plus prolifique est Llamil Simes (8), lequel est suivi par les stars académicas que sont Omar Corbatta (7), Juan Carlos Cárdenas et Juan José Pizzuti (6 chacun).

En outre, les Diablos Rojos peuvent se targuer d'avoir remporté davantage de titres, que ce soit en Argentine (14 contre 7) ou à l'échelle internationale (15 contre 3). Malgré cette différence au niveau du palmarès, les deux clubs n'ont pas volé leur place parmi les cinco grandes d'Argentine.

Anecdotes et petites phrases
Le Racing et l'Independiente ont bien failli entrer dans l'histoire en tant que protagonistes du premier grand clásico d'Argentine. Leur confrontation est en effet programmée en ouverture du premier championnat professionnel, le 31 mai 1931. Mais la rencontre est reportée sur demande du Racing et se disputera finalement une fois le championnat terminé. La Academia
s'imposera 7:4 dans ce qui reste l'édition la plus prolifique de l'histoire du derby.

Cette décennie est dominée par les Racinguistas, mais en 1940, Independiente inverse la tendance en s'imposant 7:0, soit la victoire la plus large jamais enregistrée pour cette affiche. Le Rojo signe un autre large succès en 1945 en s'imposant 5:1 dans le premier derby disputé en dehors d'Avellaneda. Le Racing se venge partiellement en 1949 lorsqu'il bat l'Independiente 5:2 sur ses terres. C'est la première et dernière fois que le Racing marque autant de buts au stade Alsina y Cordero de son rival.

L'escalade de l'animosité entre les deux voisins se poursuit dans les années 1960. En novembre 1961, le clásico est suspendu au bout d'une demi-heure en raison d'une bagarre générale qui se solde par quatre cartons rouges dans chaque camp. Ce record d'exclusions tient toujours. Au final, les deux ennemis se séparent sur un nul 1:1. L'autre grand scandale se produit en mai 1965 : le Racing mène 2:0 mais le Rojo égalise en seconde période grâce à deux penalties vivement contestés par les Racinguistas. L'arbitre n'hésite pas à renvoyer cinq joueurs du Racing et à mettre un terme à la rencontre pour infériorité numérique excessive. Le score en reste à 2:2.

L'Independiente fête son premier Torneo Nacional aux dépens du Racing en 1967 (4:0) et en 1970, il s'assure le gain du Metropolitano en s'imposant 3:2 sur le terrain de son ennemi juré. Les années 1970 lui seront d'ailleurs clairement favorables, à tel point qu'en décembre 1973, il s'impose 3:1 à l'extérieur et prend l'avantage au bilan historique. L'année 1979 donne lieu à un autre clásico de légende : "Nous étions menés 2:0, les joueurs du Racing ne me ménageaient pas et ils ont fini par me mettre en colère… En 15 minutes, j'ai donné trois passes décisives et nous avons gagné 3:2", se rappelle Bochini, grande idole de l'Independiente.

Les Diablo Rojos ont fêté un autre titre au nez et à la barbe du Racing en 1983, s'imposant 2:0 face à leur adversaire, dont la relégation en deuxième division avait été entérinée au terme de la journée précédente. Mais après son retour en Primera División en 1986, le Racing va aligner une impressionnante série de 16 matches sans défaite dont l'un des protagonistes sera l'Uruguayen Rubén Paz. "Dès mes débuts en 1987, ça s'est bien passé pour moi : nous étions menés 1:0 et j'ai égalisé. Je n'ai jamais perdu contre eux, je leur ai mis des buts et j'ai fait de bons matches. Que demander de plus ?", se remémore l'ancien numéro 10 académico, que aura compilé une victoire et cinq nuls.

En 1994, l’Independiente a retrouvé le goût de la victoire dans le derby (2:0), le Racing devant attendre jusqu'en 1998 pour mettre fin à 17 ans sans succès sur le terrain du Rojo. Mais tout n'a pas été simple. À la 38ème minute, il mène 2:0 quand une coupure de courant "douteuse" contraint l'arbitre à suspendre la rencontre, qui reprendra trois jours plus tard. La Academia s'imposera quand même 3:1.

Aujourd'hui
L'Independiente n'a plus perdu le clásico depuis septembre 2005, une série entamée par une victoire 4:0 avec un doublé d'un certain Sergio Agüero. Lors du dernier Tournoi de Clôture, il a été dans la course au titre jusqu'à la fin. Mais c'est en situation de crise qu'il se présente pour cette nouvelle édition, puisqu'il pointe à la 17ème place, avec six points à peine, à 16 longueurs du leader Estudiantes. Cette rencontre verra par ailleurs Antonio Mohamed étrenner ses fonctions d'entraîneur. Menacé de descente les deux dernières saisons, le Racing a accumulé 13 points, dont sept lors des trois dernières journées. Il ne fait pas pour autant figure de favori puisqu'il a cumulé cinq défaites et quatre nuls lors des neuf dernières éditions du clásico.